FAQ Patients2019-12-06T13:52:17+01:00

Des réponses
à vos questions

Alcool : Abstinence

Notre fils va de rechute en rechute. Cela s’arrêtera-t-il ? Nous n’y croyons plus. Peut-il encore s’en sortir ?2019-12-06T12:11:15+01:00

Si on évoque le rétablissement, il faut admettre que l’abstinence – un cap que le patient va tenir dans le temps – est le plus souvent précédé de rechutes. Ces rechutes – parfois un jour, parfois quelques jours, semaines ou mois – résultent de différents processus : incapacité de résister à des sollicitations trop fortes, incapacité à gérer ses propres émotions et recours à cet alcool-médicament (mauvais médicament !), vouloir vérifier pour une xième fois si l’on ne peut pas boire « un » verre « comme tout le monde » et s’en tenir à ce verre.

Dans un parcours de rétablissement, la rechute est donc la règle.

« Nous n’y croyons plus » : voilà qui est normal. L’entourage doit admettre qu’il est impuissant sur le décours de cette addiction. Il ne faut pas prendre les rechutes comme l’échec de soi et de sa relation d’aide à celui/celle qui boit. « J’ai tout fait pour l’en sortir » : la rechute est vécue par l’entourage comme un échec de celui / ceux /celles qui veulent aider le familier dépendant. Parfois même, un vécu de culpabilité chez ce proche pensant n’avoir pas fait ou pu faire ce qu’il aurait dû faire. Ne plus y croire résulte aussi du fait que de nombreux familiers ne comprennent pas vraiment la nature et la portée d’une addiction. Pour l’entourage, la décision d’arrêt serait essentiellement une question de « volonté » ; ils comprennent mal ce proche qui n’a pas cette « volonté » ; la colère n’est pas loin. L’addiction n’est en rien un manque de volonté pour le soignant ! L’addiction est la perte de la liberté de s’abstenir de boire pour des raisons multiples dont la dépendance physique, qui est très organique et « ancrée » dans les neurones suite à des perturbations biochimiques graves du fonctionnement du cerveau.

« Peut-il (encore) s’en sortir ? ». Oui ! La motivation – pour changer par rapport à cet alcool – est un phénomène lent et progressif. C’est notamment le « métier » des soignants d’en arriver à accroître la motivation d’arrêt chez son patient : il y a des techniques thérapeutiques pour accroître la motivation. La décision d’arrêt appartient au patient et va émerger du travail thérapeutique. Le soignant peut effectivement contribuer à la fin des rechutes, là où la famille s’avère impuissante justement à cause de ce lien familial.

Les soignants et médecins voient régulièrement certains de leurs patients dépendants prendre cette « décision » d’arrêt – et la tenir dans le temps – un peu à leur surprise.

Quel est le temps, le délai pour récupérer des conséquences santé d’avoir trop bu ? Qu’est-ce qui est réversible ; qu’est-ce qui ne l’est pas ?2019-09-24T09:14:38+01:00

Temps de récupération après sevrage ?

  • On dort mieux dès la fin du sevrage (10 jours)
  • L’état dépressif s’améliore souvent considérablement dans le décours du 1er mois après le sevrage
  • L’état anxieux ? De même
  • L’hypertension artérielle induite par le mésusage d’alcool s’améliore dans les 3 semaines suivant le sevrage ou la diminution de la consommation, à raison de 1,5 mm de mercure par verre standard en moins : concrètement, si vous avez « 14/9 », vous pouvez passer à « 13/8 » rapidement en buvant 6 verres standard en moins par jour
  • Dans la prise de sang : γGT diminuent de 50 % endéans les 3 à 4 semaines
  • Pour les fonctions intellectuelles (mémoire, concentration, prise de décision, capacité de dire non, etc.) ? Amélioration parfois rapide, parfois progressive. On voit des améliorations après sevrage jusqu’à 12 mois après (voire 18 à 24 mois). Au-delà de ce délai, la récupération n’est plus possible : ce sont les séquelles
  • Le temps de récupération d’une stéatose du foie après abstinence est de ± 6 semaines

Ce qui est réversible (ou partiellement) :

  • La stéatose (entièrement réversible) et la fibrose du foie (partiellement réversible)
  • Le risque cardiovasculaire des personnes abusant d’alcool peut se réduire puisque tous les facteurs de risque peuvent être améliorés par la réduction / l’arrêt des boissons : poids, hypertension, taux de cholestérol, diabète type 2 éventuel
  • Les dégâts associés du tabagisme (30 % des personnes alcoolodépendantes sont aussi des fumeurs) : le sevrage du tabac est préconisé

Ce qui est irréversible :

  • La cirrhose du foie
  • Les cancers engendrés par l’alcool (et constituant 1/3 des dégâts santé induits par l’alcool)
  • Les dégâts cognitifs encore présents 12 à 24 mois après le sevrage (plus haut)

Ces réponses ne sont pas exhaustives.

Que faut-il vraiment penser des boissons « NA » ou « 0 % » ?2019-09-24T09:13:53+01:00

Les boissons (bières) « NA » contiennent un taux d’alcool égal ou inférieur à 0,5 % : ces boissons sont fabriquées très faiblement alcoolisées. Les boissons  (bières, vins) « 0 % » sont des boissons initialement normalement alcoolisées, secondairement totalement désalcoolisées par un processus physico-chimique. Le goût des boissons désalcoolisées peut être excellent de l’avis des consommateurs.

Qu’en pense le médecin alcoologue ?

Si patient et médecin ont convenu d’un plan de soins où l’abstinence (plan zéro) est privilégiée, ces boissons NA constituent un apport d’alcool qui n’est pas que symbolique. Plusieurs NA se suivant, il y a un réel apport d’alcool. Les bières et vins 0 % n’apportent évidemment à l’organisme aucun alcool. Néanmoins, rester attaché à des bières NA ou 0 % et à des vins 0 %, c’est manifester la nostalgie d’un « paradis perdu » ; c’est parfois, socialement, vouloir continuer à « être comme les autres ». S’agissant de bière, c’est continuer à exhiber le même verre, goûter la même mousse, trinquer ensemble. S’agissant de vin, c’est montrer qu’on continue à boire du « vin » et partager les mêmes traditions où bonne chaire et bon vin s’associent dans notre culture. C’est, de fait, ne pas oser montrer sa différence. Le médecin alcoologue redoute aussi que, si boire des NA ou des 0 % est relativement aisé quand le patient abstinent est, somme toute, « bien dans sa peau », si se présentent des contrariétés – et la vie est faite de contrariétés – le switch vers les boissons alcoolisées habituelles se fera très vite. Si le patient avait instauré de nouvelles habitudes sociales (eaux, jus de fruit de qualité, autres boissons appréciées), passer du « monde sans alcool » au monde d’autrefois bien alcoolisé se fera moins aisément.

Si patient et médecin ont convenu d’un plan de soins où la consommation modérée est l’objectif, boissons NA ou 0 % ont du sens. Elles contribuent évidemment à faire baisser solidement la consommation d’alcool par la personne. Il peut s’agir de boire à l’occasion une NA ou une bière 0 % pour se détendre. Ou encore de pratiquer ce que l’on peut appeler « l’alternance » ; boire en alternance une boisson alcoolisée et une boisson NA, une boisson 0 % ou un soft au fil d’un événement social ou familial. Ce plan « consommation modérée » peut être un objectif en soi ou un premier objectif stratégique chez un patient qui n’entrevoit pas – à ce moment de son parcours de soins – d’arrêter totalement sa consommation d’alcool.

L’expérience clinique des médecins alcoologues montre parfois que de bonnes évolutions sont parfaitement compatibles avec la consommation de NA ou de boissons 0 % dans certains contextes. Et ceci tant dans le cadre de plan de soins « 0 % » que de plan de soins « consommation modérée ». L’expérience clinique des mêmes médecins montre aussi les limites et échecs de ces plans « NA » ou « 0 % » chez d’autres personnes faisant mésusage de boissons alcoolisées.

Ceci dit, l’usage les boissons NA ou 0 % pourraient contribuer à améliorer la sécurité routière ; elles sont rarement utilisées à cette fin par le consommateur.

L’abstinence « heureuse », c’est quoi ? Je sais que suis « alcoolique » ; je me suis rendu(e) dans un groupe d’entraide, j’ai entendu parler « d’abstinence heureuse ». Mon médecin aussi m’a parlé de cette notion.2019-09-24T09:13:07+01:00

L’abstinence est donc le fait de ne plus boire à long terme, à vie dans de nombreux cas lorsqu’on est « alcoolique ».

Soit la personne alcoolique sera dans une logique du « je ne peux plus boire », soit dans celle du « je ne veux plus boire ». Et parfois entre ces deux positions.

La logique du « je ne peux plus boire » est le plus souvent mal vécue et peu durable. La personne alcoolique a arrêté sa consommation parce qu’il y a une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Continuer à boire peut mener à une perte d’emploi, le « patron » l’a clairement laissé entendre. Continuer à boire, c’est la menace exprimée d’une démarche de divorce. Continuer à boire, c’est perdre son permis de conduire. L’abstinence sera contrainte, souvent peu durable et certes non heureuse.

La logique du « je ne veux plus boire » est une décision responsable face à un constat lucide : continuer à boire mène à de gros problèmes médicaux et psycho-sociaux. Continuer à boire est une autodestruction. Arrêter de boire, c’est retrouver sa « liberté ». La thérapie, c’est dès lors notamment apprendre à mieux se connaitre soi-même et, entre autres, son propre monde de ses propres émotions ; apprendre à gérer ses propres émotions de façon bénéfique pour soi, pour son entourage et sans cet alcool. C’est acquérir la confiance en soi et l’estime de soi que, souvent, on n’avait pas ou qu’on avait perdu. Tout ceci mène à une amélioration rapide des relations avec autrui : famille et amis. C’est atteindre une qualité de vie personnelle, familiale et sociale « neuve » pour la personne alcoolique qui poursuit son abstinence. L’abstinence n’est plus un but en soi, c’est la condition sine qua non de pérenniser cette « liberté » retrouvée. Il y a dès lors un épanouissement personnel. On parle d’abstinence heureuseCette logique là est celle de la résilience.

Entre « je ne peux plus boire » et « je ne veux plus boire », il y a des situations mixtes où l’un et l’autre coexistent, parfois de façon variable au fil du temps.

Il n’y a pas de chiffres au sujet du devenir des personnes abstinentes ; on évoque 10 % à 30 % de personnes alcooliques atteignant cette abstinence heureuse de façon très claire. Passer de la « dépendance-obsession » au « détachement ».

L’alcoolisme est une maladie dont on sort parfois grandi !

Arrêter ? Quelle horreur !2019-09-24T09:12:07+01:00

« J’ai récemment pris pleine conscience que j’ai un sérieux problème d’alcool. Le déclic ? Un passage aux urgences : j’avais 3,2 gr/litre de sang. Moi ! J’ai revu mon médecin généraliste ; nous en avons parlé : il est vrai que je bois 1 pack de 8 bières 33 cl et ceci quasi tous les jours ; parfois plus ; parfois moins ; je ne sais plus m’en passer. J’ai perdu le contrôle. Mon docteur évoque le diagnostic d’addiction. Moi accro ? De fait il a raison. Il me dit qu’il n’y a que deux choix : ou bien réduire drastiquement (1 ou 2 verres de bière 25 cl par jour et des jours à « 0 » ou arrêter totalement. Arrêter totalement… je ne saurais pas, quelle horreur ! Mon médecin m’a demandé de revenir dans une semaine et de réfléchir après notre premier bilan et au dilemme posé. Que faire ? ».

Quel que soit votre choix, il y a un plan pour vous. Mais permettez-moi de vous parler encore de ce plan « zéro ». Boire très peu va exiger de vous un contrôle quotidien et permanent. Le contrôle… c’est ce que vous n’avez plus et ce pourquoi notamment vous consultez. Vous aspirez par là à ce que vous ne pouvez plus faire dans la réalité. Ne plus boire du tout est parfois plus facile que de boire très peu ; c’est-à-dire de mettre la barre à une ou deux 25 cl ! Tout en buvant la première, dites-vous bien que c’est la dernière du jour ou l’avant-dernière du jour. En fait, ce n’est pas le premier verre qui vous intéresse, ce sont les suivants. Ce que vous cherchez dans ce pack, c’est l’effet. L’effet vous ne le trouverez pas – jamais –  dans une seule et unique 25 cl. Vous buvez ainsi depuis longtemps et votre consommation s’est probablement automatisée. Tout ce qui est automatique est difficile à changer, je le sais, mais pas du tout impossible. Un traitement médicamenteux de sevrage et de judicieux conseils vous aideront à faire le pas de ne plus boire du tout. Après coup, de nombreux patients disent avec fierté que cela avait été bien plus facile qu’initialement prévu.  Dès le sevrage acquis – après 5 à 7 jours – vous verrez rapidement les avantages de votre plan zéro. Et puis, l’alcool, à votre stade, c’est une toxicomanie. Concevriez-vous, si votre neveu était toxicomane à l’héroïne et qu’il s’en débarrasse par un sevrage, qu’il lui soit possible de consommer à l’occasion une « petite boulette » ? Le plan zéro, cela n’est pas l’affaire de la dite « volonté » ; cela s’apprend et c’est l’objectif des consultations. L’accompagnement médical et psychosocial, c’est un peu de la pédagogie. Ceci dit… si vous optez pour le plan « très peu », le médecin sera aussi là ! J’ajouterai que l’abstinence n’a rien de triste, c’est souvent un nouveau départ dans la vie. Dans la vie de tous les jours, refuser une consommation cela s’apprend relativement aisément. Vous retrouverez une liberté et une forme de fierté de vous-même que vous n’avez plus depuis bien longtemps.

Alcool et codépendance/conjoint·e

On parle bien peu de la souffrance de l’épouse, de la conjointe, du conjoint. Et pourtant c’est une terrible detresse ! Qu’en pensez-vous ?2019-12-06T14:01:40+01:00

La détresse de celui·celle qui vit aux côtés de celui·celle qui boit et n’en finit pas de boire n’est pas assez reconnue. La descente aux enfers de la personne qui boit masque la détresse du·de la conjoint·e. Et pourtant, cette détresse n’est pas moindre : elle est en miroir de celui·celle qui boit.

Prenons le cas de l’épouse et mère de famille.
Sa détresse ? Voir l’être aimé se dégrader : il n’est plus le même, celui qu’elle a connu des années auparavant. Soit il est souvent « absent » de la famille parce qu’émotionnellement et cognitivement dans un état second lié à l’alcoolisation − il devient le « grand absent » de la famille. Soit, sous l’effet de ces alcoolisations souvent quotidiennes, la personne alcoolique se fait désagréable, irritable, colérique, violente verbalement, voire physiquement. Il faut endosser ! L’épouse va vivre dans l’anxiété anticipée de ce caractère perturbé de celui qui boit. « Va-t-il encore rentrer désagréable comme d’habitude ? Va-t-il encore s’affaler devant la TV ? Va-t-il encore se faire harcelant ? ». L’épouse va développer, dans cette situation au long cours, tristesse, colère, anxiété, repli, peur.

Détresse de voir l’autre devenu un être non responsable ; l’autre devient un « enfant » parmi les vrais enfants de cette mère de famille. « Enfant » paisible (« l’absent ») ou « enfant » qu’on se met à redouter, exécrer.

Détresse de constater que sa propre vie de femme, il faut la mettre entre parenthèses ; les propres besoins de cette conjointe (comme de tout être humain) doivent être postposés vu que les soucis venus de la personne qui boit occupent tout le terrain. Toute la vie tourne autour des aléas amenés au quotidien par celui qui boit. L’univers de celui qui ne boit pas se rétrécit.

Détresse de constater que les enfants sont en danger. La conjointe est prise entre la conscience qu’elle a de devoir protéger ses enfants et la réalité où il s’agit de maintenir le couple à flot tant bien que mal avant l’éventuel naufrage.

Détresse parce qu’il n’y a plus de couple ; il n’y a plus de mari/conjoint aimant. Il n’y a plus d’homme qu’il est bon de tenir dans ses bras et qui vous tient dans ses bras. La sexualité n’existe plus ou alors est le plus souvent « gâchée » par cet alcool.

Détresse parce que les craintes de l’avenir sont omniprésentes. « Quand cela va-t-il s’arrêter ?».

Détresse parce les problèmes d’argent empoisonnent le présent et font appréhender l’avenir.

Détresse parce qu’il faut affronter le regard de la société.

Détresse parce qu’on se doute bien que des problèmes graves de santé ne manqueront pas d’être au rendez-vous tôt ou tard.

Détresse parce qu’on se pose parfois la question de sa propre responsabilité dans le développement de l’addiction de l’autre.

Détresse parce que l’on n’arrive pas à faire arrêter l’autre de boire.

Détresse d’être souvent seule, et seule à devoir gérer les choses.

Détresse du pourquoi cela m’arrive, pourquoi cela nous arrive.

Cela fait beaucoup de détresse et de souffrance, de tristesse, d’amertume, de colère.

J’ai lu un petit article sur la « codépendance » qui m’interpelle. Je comprends mal son contenu. Mon mari boit beaucoup trop. Ai-je la bonne attitude, j’en doute depuis cette lecture.2019-09-24T09:15:20+01:00

La « codépendance » est un concept qui trouve ses applications tant en milieu familial qu’en milieu de travail. Est « codépendant » une personne non-alcoolique de l’entourage familial ou un collègue de travail qui, par son attitude inadaptée, permet à la personne « alcoolique » de poursuivre son mésusage d’alcool sans devoir se remettre en question.

Exemples : Madame, croyant bien faire, prévient l’employeur de son mari que celui-ci a la grippe, alors qu’en fait c’est le lendemain de la veille. Monsieur va chercher des boissons alcoolisées pour Madame qui, ayant déjà trop bu, n’ose plus sortir de la maison. Au travail, un collègue qui a trop bu – comme trop souvent – est de plus en plus souvent « ignoré » par ses collègues ; ses collègues finissent par faire le travail à sa place, soit pour le « couvrir », soit pour ne plus être gêné par ses propos ou attitudes inadaptées ; on le met à l’écart, le laissant dormir dans son coin. C’est encore le couple où on boit une bouteille de vin à deux tous les soirs ; Monsieur est « alcoolique », néanmoins Madame s’efforce de boire elle-même deux verres de cette bouteille : c’est toujours cela que son mari boira en moins.

La codépendance, de façon imagée c’est mettre un coussin entre la tête de la personne « alcoolique » et la réalité, ce qui retarde la prise de conscience ou le « déclic » de la personne « alcoolique » en lui évitant d’être confrontée aux conséquences de ses alcoolisations. Elle peut continuer à boire « en toute quiétude ». La personne codépendante agit le plus souvent en croyant bien faire et protéger celle qui boit trop.

La bonne attitude alors ? Renoncer à cette « protection » et laisser la personne « alcoolique » se confronter à la réalité ; ceci contribuera peut-être au « déclic ». Le conjoint doit indiquer clairement ses limites et faire comprendre que vivre en couple cela n’est pas se néantiser ensemble. Que laisser faire c’est non-assistance à personne en danger. Permettre à l’alcoolisation de se poursuivre, de fait, n’est pas une solution. A noter que la personne codépendante agit ainsi, croyant bien faire. La solution : évoquer ce problème avec le médecin traitant ou d’autres soignants.

Les collègues de travail, si dysfonction au travail il y a, ne peuvent être complices ni pour couvrir le collègue, ni pour « avoir la paix » eux-mêmes. L’ambiance au travail va se dégrader et le collègue « alcoolique » s’enfoncer. Il y des procédures en milieu de travail visant à gérer l’alcoolisation au travail.

Alcool : Définitions

Boire trop, c’est combien ?2019-09-24T09:22:03+01:00

Maximum 10 verres par semaine ?

La consommation d’alcool et le risque relatif de décès (RR)° sur 12 ans, dans l’étude prospective°° de l’American Cancer Society portant sur 276.802 hommes de 40 ans à 59 ans (Marmot et Brunner, BMJ 303 : 565-568, 1991), donne des éléments de réponse. Le RR de décès par « accidents et violence » augmente dès 2 verres/jour ; le RR de cancer augmente dès < 1 verre /jour ; le RR de décès cardiovasculaire dès 6 verres/jour ; la mortalité « toutes causes » augmente dès 2 verres/jour. Ceci répond à la question « trop, c’est combien ? ». Moins de 2 verres par jour.

° RR ? Le risque relatif de développer une affection s’exprime par rapport à « 1 ». Un risque relatif de « 2 » signifie que ce risque est doublé. Ou encore que ce risque est augmenté de 100 %, donc doublé.
°° Une étude « prospective » étudie et suit un groupe de patients au fil des années, mesurant un risque au fil des années.

Alcool et mortalité totale sont aussi étudiés dans la méta-analyse°°° de Di Castelnuovo (2006) qui reprend 34 études prospectives regroupant 1.000.000 sujets avec un suivi de plus 10 ans. En conclusion :

  • Courbe en « J » de la mortalité globale.
  • L’étude porte sur les des 2 sexes : la mortalité des femmes dépasse celle des hommes pour les doses faibles et modérées.
  • Pour 10 g /jour, on observe une diminution du risque mortalité de 16 % à 19 %.
  • En conclusion : avec < 1 verre standard, la mortalité globale diminue. Avec > 3 verres standard, la mortalité globale augmente. La réduction de décès est liée à la diminution de décès coronaires.

°°° Méta-analyse : résultats d’études antérieures similaires regroupées

Les courbes en « J » (voir ci-dessous) : le bénéfice des faibles consommations est décrit pour les pathologies coronaires, le risque d’AVC thrombotique et le risque diabétique.

Les chercheurs du prestigieux INSERM en France précisent qu’il n’est pas possible d’établir un lien de causalité entre consommation modérée et bonne santé ; la consommation modérée pourrait être associée à un statut socio-économique plus favorisé qui présente une meilleure santé générale. De plus, si boire modérément est cardioprotecteur, boire < 1 U/jour, c’est déjà augmenter le risque de cancer.

Exemple de courbe en « J » : le risque coronaire :

Les seuils OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ont été déterminés il y a plus de 20 ans et largement fixés en fonction de la mortalité cardiovasculaire (ignorant partiellement la mortalité par cancer qui est dose-dépendante et s’accroît dès la « première goutte ») ; ils avaient été fixés à maximum 21 verres par semaine pour un homme et 14 verres par semaine pour une femme. Ces seuils avaient aussi été fixés en tenant compte de l’acceptabilité sociale de l’époque. Il ne s’agit donc pas de véritables seuils-santé. Ces seuils peuvent être considérés comme désuets.

Ces seuils ont déjà été revus à la baisse dans de nombreux pays européens et anglo-saxons. Ils ont été revus à la baisse dans le Nord de notre pays : depuis 2015 le VAD (Vereniging voor Alcohol en andere Drugs) préconise de ne pas dépasser 10 verres par semaine, homme comme femme, et ce sont là les recommandations faites dorénavant au grand public en Flandres. Cette directive concerne les adultes dès 18 ans. L’Enquête Santé en Flandres en 2013 montre clairement que, parmi les buveurs hebdomadaires, le nombre moyen de verres consommés est de 10,3 (12,2 chez les hommes ; 7,4 chez les femmes). Le chiffre de 10 verres par semaine offre donc une acceptabilité sociale permettant de préconiser ces seuils comme alliant critères santé et critères d’acceptabilité par la population. Le CSS (Conseil Supérieur de la Santé) s’est penché sur la question : les recommandations de maximum 10 verres par semaine sont édictées depuis mai 2018 et adoptées au niveau national.

Quels sont les risques de maladies liés à la consommation excessive d’alcool ?2019-09-24T09:20:19+01:00

Il y a des risques multiples ; schématiquement, voyons le « fromage » ci-dessous :

  • 33 % du risque est un risque de cancer (risque dose-dépendant, et ce dès la première « goutte » d’alcool)
  • Le second risque par ordre de fréquence est le risque hépatique (fibrose, cirrhose) : 28 % des risques santé, lui aussi dose-dépendant, dès le 1er verre.
  • Les maladies cardiovasculaires constituent le 3ème risque : 15 %. Si la protection coronaire pour les petites et moyennes doses existe, le risque cardiovasculaire global augmente sous l’effet d’une consommation excessive : risque d’AVC hémorragique, risques liés à l’hypertension artérielle, décompensation cardiaque.
  • Les maladies du cerveau : Korsakoff, dépression, suicide, atteintes cognitives (troubles dysexécutifs)

L’alcool, dans nos sociétés, est la 2ème cause de mortalité évitable, après le tabac !

Mon médecin m’a dit que je buvais trop de bières. Pourtant, je ne bois pas plus que la plupart de mes collègues ou que de nombreux amis. Et puis, je bois de la bière, pas des alcools forts. J’ai l’impression que mon médecin exagère, sans doute pour mon bien, mais moi je me porte bien comme cela!2019-09-24T09:17:00+01:00

Pourtant, je ne bois pas plus que la plupart de mes collègues ou que de nombreux amis. Et puis, je bois de la bière, pas des alcools forts. J’ai l’impression que mon médecin exagère, sans doute pour mon bien, mais moi je me porte bien comme cela!

De manière générale, nous avons tous des difficultés à évaluer les effets et les risques liés à notre consommation de boissons alcoolisées. Nous avons tendance à la sous-estimer systématiquement. Ainsi, on évite de se classer dans les buveurs excessifs et on peut facilement ignorer ou minimiser les conséquences de la consommation sur notre santé.

La banalisation de la consommation d’alcool se manifeste dans le langage courant, par des expressions comme prendre un « petit » verre, boire un « petit » coup.

Les consommateurs ont aussi tendance à distinguer, à tort :

  • d’une part les alcools forts. Ils en consomment moins souvent, les jugent plutôt dangereux et les assimilent plus souvent à une drogue
  • et d’autre part le vin et la bière qu’ils ne considèrent pas comme dangereux.

Bière et vin sont cependant les boissons alcoolisées consommées le plus régulièrement, notamment au cours du repas.
Pour certains consommateurs réguliers, ces deux produits sont mêmes considérés comme des aliments et quand on leur demande s’ils consomment de l’alcool, ils ne pensent même plus à faire entrer ces boissons dans le calcul journalier. Pas étonnant dès lors qu’ils aient une forte réticence à l’idée de réduire leur consommation.

Pour mieux comprendre où vous en êtes avec votre consommation, nous vous conseillons de noter, pendant 2 semaines, chaque jour, tous les verres (cannettes, bouteilles) de bière que vous buvez. Sans oublier, si c’est le cas, les éventuels verres de vin ou de spiritueux pris occasionnellement.

L’idéal est de les noter en unités d’alcool.
Vous pouvez voir sur ce site à quoi correspond une unité standard.

Vous pourrez alors calculer votre consommation moyenne par semaine. Si elle excède 10 unités, vous êtes au-delà des balises proposées, pour une consommation à moindre risque, par le Conseil Supérieur de la Santé en Belgique en 2018.

Vous trouverez plus d’informations dans le dossier « Alcool » publié sur le site www.mongeneraliste.be

On parle d’unités d’alcool. Qu’est-ce que cela représente?2019-09-24T09:16:01+01:00

Les quantités d’alcool bues sont mesurées en grammes d’alcool.
Pour simplifier les mesures, on peut aussi les évaluer en « verre standard » ou « unité ». Un verre standard ou une unité d’alcool est le contenant généralement utilisé dans les bars, cafés, etc. Un verre standard contient ± 10 g d’alcool.

Ceci veut dire qu’il y a une quantité équivalente d’alcool dans

  • 1 verre de vin (10 cl à 12°)
  • 1 verre de bière (25 cl à 5°)
  • 1 flute de champagne (10 cl à 12°)
  • 1 verre d’apéritif (7 cl à 18°)
  • 3 cl de Whisky à 40°
  • 2,5 cl de Pastis à 45°

Vous trouverez plus d’informations dans le dossier « Alcool » publié sur le site www.mongeneraliste.be

Alcool : Dépendance

Une de mes amies qui est addict à l’alcool se confie beaucoup à moi ; son alcoolisme m’apparaît comme de l’automutilation. Qu’en pensez-vous ?2019-12-06T13:27:17+01:00

Avec une dimension symbolique d’automutilation, une vraie destruction de soi par soi − en connaissance de cause − nous est reportée par certaines patientes ou plus rarement certains patients. D’autres fois, l’automutilation est physique.

Une patiente de la soixantaine, qui a déjà fait un vrai parcours thérapeutique l’aidant à voir clair dans ses comportements d’alcoolisation, dans le pourquoi et le comment, dans la découverte de soi-même, dans le sens et non-sens de sa vie, faisait le constat suivant lors d’un de ses réalcoolisations émaillant sa nouvelle vie d’abstinente : « J’aurais pu faire de l’automutilation… ».

De façon non-exceptionnelle, une automutilation avec ses stigmates physiques est présente chez certaines personnes avec mésusage d’alcool : scarifications, coupures.

Dans les racines de ces vies, on fait souvent le même constat : parents non aimants, pas de sécurité affective, donc pas d’estime de soi ni « d’amour de soi », pas de vrai goût à la vie, mépris de soi, culpabilité de vivre.

Boire est une façon de s’annihiler, de s’anesthésier, « un suicide à petit feu », d’infliger au corps et à l’esprit ce qu’ils méritent aux yeux de celui·celle qui boit ainsi : le néant. Les « rechutes » se font sans en ignorer les conséquences socio-familiales et personnelles. Elles ne sont pas vraiment évitées ; les plans d’urgence des thérapeutes semblent sciemment mis de côté. Une tentative de suicide sera une façon de concrétiser et finaliser cette néantisation.

L’automutilation symbolique à la soixantaine et l’automutilation par la lame chez l’adolescent ou le jeune adulte ont ceci de commun : un mépris profond de soi lié à une carence précoce : n’avoir été ni valorisé, ni aimé, ni choyé très tôt dans la vie.  Comme dans « Le Petit Prince » de Saint Exupéry, il faudra « apprivoiser » ces personnes en grande détresse.

Mon mari ne se rend pas compte ou ne veut pas se rendre compte de la gravité de la situation : il boit ses deux bouteilles de vin ; rien ne va plus ; lui dit qu’il s’arrête quand il veut et ne voit pas le problème. Une psychologue consultée me dit qu’il est dans le « déni ». Pouvez-vous me préciser de quoi il s’agit ?2019-09-24T09:31:36+01:00

Le « déni » est un mot qui cache de nombreuses réalités parfois très différentes de signification.

Peut-être que votre mari sait très bien qu’il y a un problème mais il en minimise la portée (« je n’ai pu que 2 verres de vin » alors que l’évidence montre que ceci n’est pas vrai) ou rationnalise : il évoque une bonne raison : le stress au travail, l’adolescent difficile, son angoisse, des circonstances exceptionnelles. Des techniques de communication du médecin ou de la psychologue peuvent amenuiser ces « mécanisme de défense » de la personne alcoolique face au changement qu’elle n’envisage pas vraiment à ce moment de son parcours, tout en sachant en son for intérieur qu’il y a bel et bien un problème. A noter que la personne alcoolique peut se montrer inflexible avec son entourage quant à cette communication (minimiser, rationnaliser) et se montrer beaucoup plus ouverte pour aborder ceci avec son médecin ou thérapeute : le « déni » fluctue selon l’interlocuteur. Les techniques « d’entretien motivationnel » utilisées par les soignants peuvent venir à bout de ce type de déni.

Autre cas de figure : la personne alcoolique ne peut que voir les signaux d’alarme autour d’elle. Mais cette personne a aussi son « narcissisme » : elle veut maintenir des apparences de pseudo-normalité sous peine de s’effondrer elle-même. Le déni est sa façon à elle de se montrer et de montrer aux autres qu’elle existe quasi « normalement ». Admettre le drame de la boisson, c’est pour cette personne alcoolique s’effondrer et devenir quantité négligeable. Le déni affiché est une tentative de « survie » pour la personne alcoolique. Admettre cet alcoolisme, c’est le château de cartes qui s’effondre. Là aussi, le thérapeute est mieux placé que la famille pour faire comprendre à la personne alcoolique que parler boisson n’est pas « la fin du monde », c’est le contraire.

Parfois le « déni » devient plus organique, c’est-à-dire résulte d’une atteinte des facultés cognitives induites par l’abus d’alcool. Trop boire diminue la capacité de la personne alcoolique de se mettre à la place de l’autre (déficit de cognition sociale) : la personne alcoolique parait devenir « égoïste » par rapport à son entourage. Elle voit moins ou plus du tout la souffrance de son entourage et se met dans sa propre bulle. L’entourage peut y voir ce « déni ». En fait, il s’agit de fonctions cognitives émoussées par l’abus d’alcool. Ceci peut être réversible (après abstinence) ou irréversible.

Dans des cas d’alcoolisme plus avancé où le cerveau trinque avec de lourdes atteintes cognitives induites, il y a chez ce patient une perte de la capacité de se voir et de voir les autres. Ce patient devient incapable d’appréhender tant sa réalité que celle des autres. C’est un trouble quasi neurologique. Le trouble est parfois réversible, parfois non réversible.

Comme expliqué ci-dessus, le « déni » est donc parfois un mécanisme psychologique que le thérapeute peut « vaincre » avec son patient ; parfois il s’agit de troubles quasi organiques, réversibles sous abstinence ou réduction de la consommation ou parfois devenus irréversibles.

Mon fils peut ne pas boire du tout pendant plusieurs semaines. Il dit donc qu’il n’a pas de problème d’alcool. Quand il y retouche, on est parti pour une semaine infernale ! Qu’en penser ?2019-09-24T09:30:48+01:00

La situation de votre fils évoque ce qu’on appelle communément « l’alcoolisme cyclique ». Effectivement, une personne atteinte de ce mésusage d’alcool peut ne pas boire du tout pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois ; pendant cette période, de fait, il n’a aucune envie de boire. « Je n’y pense même pas » précisent ce type de buveurs. Et puis, un jour survient à nouveau le premier verre, souvent sans raison bien précise. Il y alors perte de contrôle totale ; les verres se suivent pendant 2, 3 ou 4 jours ; l’épisode se termine souvent dans un chaos alcoolique, parfois même une intoxication éthylique aiguë qui mènera le patient à son lit (s’il est seul) ou à l’hôpital, son entourage s’inquiétant de son état.

La perte de contrôle totale épisodique signe bien l’alcoolodépendance ou « alcoolisme ».

Ces personnes sont difficiles à convaincre et de la réalité de cette forme d’alcoolisme, et de la nécessité de se soigner puisqu’elles arguent du fait suivant : « je m’arrête quand je veux » ; « je peux ne rien boire pendant 3 mois, et ça ne me dit rien ».

La réalité de cette forme « d’alcoolisme » est que les épisodes se rapprochent au fil des mois et années et que la durée de chaque épisode a tendance à s’allonger, de telle sorte qu’on en arrive ainsi à un alcoolisme « classique ».

Pour le médecin et pour l’entourage, il est plus difficile de motiver ce type de buveurs à se prendre en charge et à accepter des soins. Mais il s’agit bien là d’alcoolisme ou alcoolodépendance.

Peut-on faire plusieurs « dépendances » au cours de sa vie ; j’ai entendu l’expression « changer de comptoir ». J’aimerai mieux comprendre ceci.2019-09-24T09:30:13+01:00

En effet, concomitamment ou successivement, plusieurs dépendances peuvent coexister ou s’installer. L’association alcool et jeu, alcool et médications sédatives telles les benzodiazépines ou encore alcool et cocaïne est fréquente. Dans le temps, après une toxicomanie aux opiacés « guérie », on peut voir apparaitre un mésusage d’alcool.

L’explication ?

D’une part, substances addictives ou comportements addictifs entraînent, au niveau du cerveau, le même emballement du « circuit de la récompense » ; ce circuit de la récompense activé libère de grandes quantités de dopamine qui est le neurotransmetteur du plaisir chez l’être humain. Ce que le cerveau addict cherche, c’est de la dopamine… peu importe la voie chimique ou comportementale qui y mène. Les addictions sont une recherche de plus en plus frénétique de dopamine chez une personne qui, personnellement et socialement est en train de s’effondrer. L’addiction au niveau neuronal, dans le cerveau, est une « autothérapie » qui tourne au cauchemar. Et ce circuit de la récompense finit par n’être activé que par les substances addictives ou les comportements addictifs. Les stimuli naturels du plaisir (sport, musique, amitié, etc…) ne « fonctionnent » plus. L’addiction tourne en boucle.

D’autre part, la personne « dépendante » ne cherche plus qu’une chose dans le « produit » ou le « comportement » : l’effet psychoactif. Goût ou plaisir, de fait, deviennent secondaires. L’ivresse alcoolique est une « absence » (des réalités socio-familiales) ; être quelques heures dans un casino rivé à la table de jeux ou s’adonner au bingo est la même « absence ». L’alcool et le jeu : la même fuite temporaire.

Enfin, les personnes addicts, portent très souvent de lourdes souffrances personnelles et anciennes dans leur histoire de vie ; là encore, THC (cannabis), alcool, médications sédatives, codéine, opiacés, … c’est le même soulagement.

« Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse » ! disait déjà Alfred de Musset (1810-1857). Dépendances multiples, voilà qui n’est pas neuf !

On dit que l’alcool est une drogue. J’ai difficile à le croire, car cela voudrait dire que nous sommes presque tous des drogués! Qu’en pensez-vous?2019-09-24T09:29:31+01:00

L’alcool est en effet classé parmi les produits « psychotropes » parce qu’il modifie l’état de conscience, les perceptions de l’individu.

D’autres psychotropes sont par exemple le cannabis, l’héroïne, la cocaïne, le tabac, le LSD, certains médicaments comme les benzodiazépines (des « calmants », somnifères, etc).

Dans le langage courant, on parle parfois de drogues douces et de drogues dures. L’alcool est considéré comme une drogue dure. Mais cette classification n’est plus considérée comme utile.

Une autre distinction repose sur le caractère autorisé ou non par la loi de la consommation de drogues. L’alcool est une drogue « licite », tandis que le cannabis, l’héroïne, etc. sont des drogues « illicites ».

Le fait que l’usage d’un produit psychotrope soit autorisé ou interdit ne donne aucune indication sur ses effets sur la santé.
Autrement dit, l’usage de certains produits « illicites » n’est pas plus nocif que l’usage inadéquat de l’alcool.

L’alcool présente les caractéristiques de ce que l’on qualifie de « drogue » dans le langage courant.

  • Il entraîne de la tolérance. En cas d’usage régulier d’alcool, le consommateur doit progressivement boire plus d’alcool pour ressentir les mêmes effets.
  • Il peut provoquer une dépendance. La dépendance à l’alcool est de deux types.En cas de dépendance psychologique, le consommateur ressent progressivement une incapacité à se sentir bien s’il n’a pas bu de l’alcool. L’ingestion d’alcool devient alors une habitude ou une nécessité.

    La dépendance physique se traduit par une incapacité à vivre une journée sans alcool. Le corps s’est accoutumé à l’alcool au point d’en avoir un besoin permanent pour fonctionner. La personne doit alors boire quotidiennement et perd souvent le contrôle de la quantité ingérée. En cas de privation d’alcool, elle ressent un « manque » et des signes de sevrage apparaissent.

  • Le sevrage se manifeste lors de l’arrêt brutal d’une consommation excessive d’alcool qui dure depuis longtemps. Des symptômes très caractéristiques peuvent survenir, et ce déjà après quelques heures : des tremblements des mains, une accélération du rythme cardiaque, de la transpiration, des nausées ou des vomissements, des insomnies.
    Ces signes sont dus à une hyperexcitabilité des cellules nerveuses (neurones) du cerveau en manque d’alcool. Des hallucinations et des crises d’épilepsie peuvent parfois survenir ; la forme la plus grave est appelée « delirium tremens ».

Vous trouverez plus d’informations dans le dossier « Alcool » publié sur le site www.mongeneraliste.be

Alcool : Effets

Les « alcooliques » disent souvent être hyperémotifs. Par ailleurs, ils semblent parfois totalement indifférents au malheur qu’ils créent autour d’eux. Ils sont aussi impulsifs. Je comprends mal ce fonctionnement explosif et peu cohérent. Pouvez-vous l’expliquer ?2019-09-24T09:28:37+01:00

D’une part, certaines personnes faisant mésusage d’alcool souffrent d’un déficit émotionnel ; elles ont des difficultés d’accès à leurs propres émotions et à leur expression. On les entend chez le médecin s’exprimer ainsi : « Je n’ai rien de spécial à dire ». Les psychologues parlent dans ces cas « d’alexithymie ».

Chez d’autres personnes faisant mésusage d’alcool, c’est un excès d’émotions ressenties et exprimées qui se manifeste. Un des facteurs expliquant ceci est un affaiblissement des fonctions inhibitrices du cerveau frontal et préfrontal sur les zones cérébrales de l’émotion. Le cerveau frontal et préfrontal tempère et contrôle les zones cérébrales de l’émotion et de l’impulsivité. Or, l’alcool est très toxique pour les zones frontales et préfrontales. Il y alors « libération » du cerveau émotionnel. Et apparition d’impulsivité accrue.

Par ailleurs, les personnes faisant mésusage d’alcool acquièrent parfois une grande difficulté de se mettre à la place de l’autre (encore la toxicité de l’alcool sur certaines zones cérébrales) : on parle de « trouble de la cognition sociale » : concrètement, perte d’empathie, perte de la capacité de se mettre à la place de l’autre, donc une forme « d’égoïsme ». On ne voit plus l’autre ; on apparait comme insensible à l’autre, aux malheurs de ses proches (y compris les malheurs que l’alcoolique produit auprès de ses proches). Il en résulte ce type de propos émanant de ses proches : « Il continue à boire ; sa femme est au bout du rouleau ; ses enfants trinquent ; rien ne le touche et ne le ferait arrêter de boire, même pas tous ces malheurs de ses proches ».

Autre faculté atteinte en cas de mésusage d’alcool : le décodage correct des émotions des autres. La personne alcoolique fait parfois un décodage négatif de la réalité émotionnelle des autres. Négatif parce qu’interprétatif. Tant les émotions faciales des autres que la posture, la voix des autres, sont interprétées négativement : là où les émotions faciales, l’intonation de la voix, la posture sont objectivement émotionnellement neutres, la personne alcoolique peut voir tristesse, méfiance, hostilité. Ces perturbations du décodage des émotions peuvent gravement perturber la relation à l’autre.

Complexe donc que le fonctionnement émotif des personnes faisant mésusage d’alcool ; nombreuses de ces perturbations sont des troubles cognitifs induits par la consommation. L’alcool est un neurotoxique !

Quand s’inquiéter de sa consommation ?2019-09-24T09:27:55+01:00

On doit s’inquiéter de sa façon de boire et du contexte de consommation ou de la quantité bue.

La façon de boire et son contexte ?

  • On doit éviter de boire seul ; boire une « bonne bière » ou un « bon verre de vin »  ou encore des « bulles » doit rester un acte convivial et partagé.
  • On doit s’inquiéter si, de fait, ce que l’on recherche dans la consommation est un effet (effet anxiolytique, effet antidépresseur, déstresser rapidement, « ne plus penser »). Souvent, le consommateur préfère évoquer le « goût » plutôt que « l’effet », histoire de ne pas voir la réalité.
  • On doit se méfier des boissons alcoolisées si on les boit le plus souvent parce qu’on est dans un état d’humeur négatif (vague à l’âme, tristesse)
  • Boire « en cachette » est toujours inquiétant : soit boire vraiment « en cachette », soit s’organiser pour boire « avant » ou « après » les situations conviviales, laissant croire qu’on boit comme tout le monde voire moins que tout le monde !

La quantité bue doit aussi être source de questionnement personnel.

Au-delà de 10 verres standard par semaine, on prend des risques santé, familiaux et sociaux (Avis du Conseil Supérieur de la Santé de mai 2018). Garder la barre à 10 verres par semaine c’est boire à moindre risque. Les seuils OMS (< 21 verres/semaine pour un homme et < 14 verres /semaine pour une femme) sont dépassés en 2018.

Mon mari boit beaucoup. Il a souvent l’esprit ailleurs. Mais il y une chose qui m’énerve particulièrement : un bruit de décapsuleur, la vue d’une canette, d’une enseigne publicitaire d’un alcoolier,… et le voilà éveillé. Il est toujours le premier à repérer ce genre de choses quand nous sommes en famille ou entre amis ? Le fait-il exprès ?2019-09-24T09:27:14+01:00

Votre mari boit donc beaucoup. Boire est toxique pour les neurones et notamment les neurones de la zone frontale du cerveau humain. Ce cerveau frontal est, entres autres, responsable de tout ce qui n’est pas « automatique » dans nos vies : planifier, juger des choses, élaborer des stratégies, adapter son plan initial à de nouvelles données, être capable d’inhibition de nos automatismes. Votre mari perçoit donc tous ces stimuli en rapport avec l’alcool plus et plus vite qu’une personne « normale » : on parle en termes professionnels de « biais attentionnel » ; il s’agit donc notamment d’un « déficit d’inhibition » corrélé avec son « biais attentionnel ». Plus globalement, dans le cerveau d’une personne où l’alcool a entrainé des conséquences toxiques, la balance entre « contrôle » et « émotions » n’est plus respectée ; il y a perte de « contrôle » (frontal) et exagération des émotions. Ce « biais attentionnel » n’est donc pas quelque chose que votre mari fait exprès, témoignant de son obsession pour la boisson. A noter que le « biais attentionnel » peut être parfaitement mesuré et objectivé dans un bilan neuropsychologique ou par l’électrophysiologie. A noter aussi que « biais attentionnel » et « déficit d’inhibition » sont des prédicteurs de rechute lorsqu’ils persistent après le sevrage ou la désintoxication à l’hôpital.

Mon mari boit son bac de bière, tient debout, est parfois très nerveux ; on dit que l’alcool est un sédatif, comprenez-vous cela ?2019-09-24T09:26:12+01:00

L’alcool agit en deux phases : les premiers verres ont un effet euphorisant, désinhibant au point de vue des idées et des paroles ; il y a même une forme d’agitation motrice. Ce sont là des effets « excitants ». Cette phase « d’excitation » ne s’émousse pas au fil des mois et années ; au contraire, ce que ressent le buveur avec ses premiers verres va croître au fil du temps ; les scientifiques parlent d’une « sensibilisation » vis-à-vis de ces effets excitants.

Dans la seconde phase de l’alcoolisation (après quelques verres) apparaissent les effets sédatifs des boissons alcoolisées ; ces effets sédatifs diminuent au fil des mois et années d’alcoolisation. On parle d’une « tolérance » (ou accoutumance) vis-à-vis de ces effets sédatifs.

On peut donc en arriver à boire beaucoup (un bac de bière) et manifester peu d’effets sédatifs apparents. Néanmoins, les premiers verres du même buveur en font parfois un boute-en-train qui le restera longtemps.

Très tard dans l’évolution de la personne alcoolodépendante, les phases décrites plus haut ne seront parfois plus si claires : la personne n’est plus euphorique avec ses premiers verres ; elle tient moins bien et supporte donc de moins en moins de boire beaucoup : une forme de tolérance inversée.

La tolérance ou accoutumance n’est compréhensible que si l’on prend en compte les modifications très sévères du fonctionnement de l’ensemble des neurotransmetteurs du cerveau chez la personne alcoolique chronique ; si le bac de bière est et reste sédatif, les neurotransmetteurs sédatifs (GABA) ou leurs effets s’amenuisent avec la tolérance et les neurotransmetteurs excitateurs (glutamate) ou leurs effets augmentent considérablement chez la même personne alcoolique. Il y a un nouveau pseudo-équilibre avec une pseudo-normalité sociale. Le sevrage brutal (sans traitement médical) laisse le cerveau dans un état hyperexcitabilité préoccupant : activité très élevée du glutamate non compensée par l’alcool : un orage électrique – une crise de convulsions dite épilepsie – peut survenir.

Je dors mal, je suis agité la nuit. Mon médecin m’a dit d’arrêter de boire de la bière le soir, lorsque je regarde la télévision. J’en prends deux ou trois et j’ai pourtant plutôt l’impression que cela m’endort. Pensez-vous que je dormirais mieux en supprimant ces bières ?2019-09-24T09:25:15+01:00

Mon médecin m’a dit d’arrêter de boire de la bière le soir, lorsque je regarde la télévision. J’en prends deux ou trois et j’ai pourtant plutôt l’impression que cela m’endort. Pensez-vous que je dormirais mieux en supprimant ces bières ?

On n’y pense pas toujours, mais l’alcool peut être responsable de petits troubles, qui sont autant de signes d’alarme nous indiquant que nous devons penser à nos habitudes de vie.

Ainsi, une consommation excessive d’alcool peut entraîner effectivement des troubles du sommeil, le plus souvent des réveils fréquents pendant la nuit.

Vous pourriez faire un essai d’arrêt pendant quelques jours et observer ce qui se passe.
Buvez-vous aussi d’autres bières: à l’apéritif, avec vos collègues, au repas? Si c’est le cas, réduisez cette consommation à 2, maximum trois verres de bière « Pils » (à 5° d’alcool) par jour, pour tester l’effet sur votre sommeil.

Par ailleurs, les troubles du sommeil ont des causes multiples. Nous vous conseillons de lire le dossier consacré au sommeil sur le site www.mongeneraliste.be.

Une consommation quotidienne de boissons alcoolisées peut aussi provoquer d’autres plaintes:

  • des troubles digestifs (digestion « difficile », brûlant, dyspepsie, etc)
  • des problèmes de mémoire
  • des problèmes de concentration, une moindre motivation pour les activités quotidiennes
  • une sensation de fatigue
  • une prise de poids : 1 gramme d’alcool contient 7 calories. Une consommation de deux verres de vin ou de bière par jour, tous les jours de la semaine, équivaut à environ 1000 calories par semaine, soit plus de 50.000 calories par an… l’équivalent, à alimentation et activités physiques constantes, de quelques kilos supplémentaires !

Plus d’informations dans le dossier « Alcool » du site www.mongeneraliste.be.

L’alcool est-il vraiment aussi toxique qu’on le prétend? Mon mari, qui a 34 ans, boit 5-6 bières par jour et se porte bien. Il travaille beaucoup et trouve encore le temps de faire du sport! Il est en pleine forme! Alors, j’ai du mal à croire son médecin qui lui dit qu’il est important qu’il boive moins…2019-09-24T09:24:33+01:00

Mon mari, qui a 34 ans, boit 5-6 bières par jour et se porte bien. Il travaille beaucoup et trouve encore le temps de faire du sport! Il est en pleine forme! Alors, j’ai du mal à croire son médecin qui lui dit qu’il est important qu’il boive moins…

La toxicité de l’alcool en cas de consommation excessive régulière, quotidienne, est sournoise.

En effet, l’effet nocif de l’alcool sur de nombreux organes est caché et progressif. On peut user d’une image pour illustrer son action : une goutte d’eau qui tombe sur une pierre ne lui cause aucun dommage ; mais une succession de gouttes d’eau qui tombent inlassablement au même endroit pendant des dizaines d’années creuse progressivement un trou dans cette pierre.
L’alcool agit de même en imprégnant en permanence nos organes.

Et la liste des dégâts potentiels occasionnés par une consommation excessive d’alcool est longue !
Pour résumer les principaux, citons :

  • les lésions du foie
  • les lésions du système nerveux (cerveau, cervelet)
  • un risque accru d’hypertension, d’accident vasculaire cérébral et de saignements (y compris dans le cerveau)
  • une atteinte des nerfs périphériques (polyneuropathie)
  • des carences nutritionnelles, par exemple en vitamine B1. Cette dernière est responsable d’une forme d’encéphalopathie grave (dite « de Wernicke »)
  • certains cancers.

Les données scientifiques disponibles montrent qu’il y a un risque réel que la santé de votre mari pâtisse dans le futur de sa consommation excessive de bières. Pour réduire ce risque, sa consommation devrait rester dans les limites proposées par le Conseil Supérieur de la Santé en Belgique en 2018 : ne pas dépasser 10 verres par semaine et plusieurs jours par semaine sans consommation.

Vous trouverez plus d’informations dans le dossier « Alcool » publié sur le site www.mongeneraliste.be

Je constate que des personnes de mon entourage réagissent très différemment à la prise d’alcool. Quels sont les effets que l’on peut attendre?2019-09-24T09:24:17+01:00

Les effets dépendent à la fois de la dose consommée et des caractéristiques personnelles de l’individu.

A faible dose, l’alcool entraîne une sensation de détente et un effet stimulant ; il renforce ainsi la confiance en soi et la sociabilité. C’est donc a priori un effet agréable.
Mais parfois, il peut au contraire accentuer un sentiment de malaise préexistant, de « déprime » : ne dit-on pas « avoir l’alcool triste » ?

A plus forte dose, l’alcool entraîne une désinhibition : on est euphorique, on perd le sens des limites, on peut devenir violent ou adopter des comportements à risques parce qu’on ne mesure plus adéquatement les situations.

L’ivresse modifie fortement les perceptions du monde extérieur ; elle provoque des troubles de l’équilibre, de la vision (on voit double), de la somnolence, un ralentissement du fonctionnement du système nerveux (diminution des « réflexes »), des troubles de la parole, parfois des vomissements voire un coma.

Suite à une intoxication aiguë (« cuite »), on se réveille avec des signes de souffrance cérébrale : c’est la « gueule de bois ».

Vous trouverez plus d’informations dans le dossier « Alcool » publié sur le site www.mongeneraliste.be

Alcool : Famille

Mon mari sort d’une cure de désintoxication. Il a décidé de ne plus boire. Comment gérer l’alcool à la maison ?2019-09-24T09:33:10+01:00

Faut-il de l’alcool à la maison, oui ou non ? Il n’y a pas de réponse universelle.

Si la personne vit seule, avoir des boissons alcoolisées à la maison est plutôt imprudent. Si cette personne souhaite recevoir des amis et leur offrir un repas et un verre de vin, le plus sage sera de faire l’achat le jour du repas et de suggérer aux invités de repartir avec le fond de la bouteille ou de vider celle-ci dans l’évier après le repas.

Si la personne vit en famille, l’attitude est plus complexe. La personne abstinente a fait un choix responsable qui est le sien. La personne abstinente doit « apprendre » à vivre dans le monde tel qu’il est et avec sa famille telle qu’elle est dans sa diversité. Faire disparaitre de la table familiale ou amicale tout alcool est inapproprié et, tout d’abord, mettra le plus souvent profondément mal à l’aise la personne abstinente elle-même. Au début du processus d’abstinence – par exemple lors d’un weekend thérapeutique si la personne est en cure –, on peut concevoir que la famille mette l’alcool à distance et prévoit une table sans boissons alcoolisées. Ensuite, la personne alcoolique abstinente devra apprendre à vivre avec l’alcool social des autres. Si la personne alcoolique est le « mari », il devra accepter que son épouse prenne plaisir à boire un verre de vin au repas ou que ses fils et filles adultes prennent une « bonne » bière devant la TV. Il devra accepter qu’au restaurant l’on commande une bouteille de vin ou un carafon de vin et une boisson non-alcoolisée pour lui. Dans une situation d’abstinence réussie et « heureuse », le fait que d’autres boivent avec modération (et même parfois avec moins de modération) ne perturbera pas ou plus une personne abstinente qui a posé ce choix responsable et motivé. Une cave à vin gérée par Madame si Monsieur est la personne abstinente n’est pas une incohérence ou un danger par essence. Un dialogue en famille autour de cette question – la disponibilité des boissons à la maison – doit toujours pouvoir se (re)faire ; si la personne abstinente est temporairement plus fragile, elle doit pouvoir en parler à ses proches et on peut alors prendre des mesures temporaires pour rendre cette « tentation » moins prégnante.

La gestion de l’alcool à la maison doit se faire au cas par cas, après discussion en couple et avec les enfants adultes s’ils vivent encore sous le toit parental. Cette gestion s’adaptera à l’évolution du malade alcoolique.

Quel est l’impact de l’alcoolisme d’un parent/ des parents sur leurs enfants ?2019-09-24T09:32:29+01:00

Quand les parents boivent, les enfants trinquent ! (et dès leur plus jeune âge)

Ces enfants connaitront souvent la violence :
Coups, humiliations, reproches, paroles haineuses envers l’enfant ou l’autre parent, abus sexuels. La violence maternelle aussi existe. Le parent alcoolique est souvent « amnésique » une fois la crise de boisson passée ; l’enfant non. Il y a le cas des enfants plus âgés prenant la défense du parent violenté, s’interposant, appelant des secours, s’attachant à calmer le parent agressif, n’allant pas à l’école pour « veiller » et protéger.

Ces enfants vivront dans la honte :
Honte de la déchéance du parent buveur. Pire : faire tout pour que ceci reste caché. Crainte des jugements négatifs du parent concerné. La « gêne » mènera à l’isolement social : on n’invite plus ses amis à la maison. La honte engendre bien souvent le secret exigé par le parent alcoolique ou le parent non-alcoolique, voire spontané. Il y a alors le poids du silence.

La communication intrafamiliale et les rôles familiaux vont être perturbés :
L’enfant peut adopter des comportements de fuite : fuir la maison, se consacrer aux études et y exceller, investir le sport, investir la drogue.
L’enfant peut en venir à un comportement d’hyper-responsabilité : il y a parfois une véritable « parentification » de ces enfants : les rôles sont inversés. C’est parfois vécu comme valorisant par ces enfants dans un premier temps mais il s’agit d’une problématique majeure ultérieure : l’enfance volée.
Il va se développer des alliances au sein de cette famille : l’enfant va, de fait, se faire l’allié du parent non-alcoolique.

Au mieux, le parent alcoolique sera le « grand absent » de sa famille.
Si le parent alcoolique n’est pas à l’origine des problèmes susmentionnés, il sera souvent le grand absent de cette famille et c’est là aussi une problématique significative. Parfois la personne alcoolique sera « infantilisée » et deviendra le 5ème enfant d’une famille où il y en a quatre.

Alcool : Femmes

J’ai entendu dire que les femmes sont plus fragiles par rapport à l’alcool. Vrai ou faux ?2019-09-24T09:35:33+01:00

Vrai ! La vulnérabilité des femmes par rapport à l’alcool est majorée pour trois raisons.

La première : le corps humain est composé de deux « compartiments » : le compartiment « gras » ou lipidique et le compartiment non lipidique (par exemple musculaire). Anatomiquement les femmes ont un compartiment lipidique relativement plus volumineux que celui des hommes (à poids corporel égal). L’alcool ne trouve pas place dans le compartiment lipidique. A poids égal, l’espace de diffusion de l’alcool (le compartiment non lipidique) est plus petit chez la femme par rapport à un homme. Un homme et une femme de 60 kg consommant la même quantité de boissons alcoolisées n’ont donc ni la même alcoolémie sanguine, ni la même alcoolémie tissulaire. L’alcoolémie de la femme sera plus élevée.

La deuxième : le poids corporel des femmes est en moyenne moins élevé que celui des hommes. L’espace de diffusion de l’alcool est proportionnel au poids corporel. Si on fait référence au poids d’une personne, l’alcoolémie sanguine et tissulaire est plus élevée chez une personne de poids inférieur.

La troisième : chez l’homme une petite partie de l’alcool bu (5% à 10%) est détruite au niveau de l’estomac par une enzyme (ADH ou alcool-déshydrogénase). Ce mécanisme d’élimination de l’alcool est quasi inexistant chez la femme.

Par ailleurs, les chiffres de morbidité en fonction de la consommation d’alcool sont défavorables pour la femme pour de nombreuses maladies induites par l’abus de boissons alcoolisées : buvant trop et à poids égal, les risque d’AVC hémorragique sont significativement plus élevés chez la femme par rapport à l’homme. Le risque de cirrhose est nettement plus élevé chez la femme, à poids égal et consommation égale (avec présence de facteurs génétiques défavorisant la femme). Le risque de cancer du sein augmente avec la consommation d’alcool : élévation de ce risque de 10% par verre standard / jour ; on considère dès lors que le risque de cancer du sein double (+ 100%) pour une consommation de 10 verres standard / jour (soit 1 ½ bouteille de vin / jour ou son équivalent en verres standard. Deux ou trois bières spéciales 33 cl / jour c’est majorer le risque de cancer du sein de 50% !

L’inégalité des sexes par rapport à la consommation de boissons alcoolisées est donc non seulement réelle mais elle est significative !

Alcool : Grossesse

Je suis assez bien informé du « syndrome d’alcoolisation fœtale » (SAF) chez les bébés de maman ayant bu pendant la grossesse. Quel est le devenir de ces enfants ?2019-09-24T09:54:04+01:00

On distingue donc le SAF et les effets fœto-alcooliques (EFA). Le SAF est constitué d’une triade : malformations crânio-faciales, retard de croissance (poids, taille, périmètre crânien) et anomalies neurologiques, cognitives et du développement. Les « effets fœto-alcooliques » (EFA) prennent différentes formes : soit un SAF incomplet, soit des anomalies neurologiques, cognitives ou du développement du bébé d’une maman qui a bu pendant la grossesse.

Que deviennent ces bébés ? Enfants, puis adolescents, comment sont-ils ? Et adultes ?

Enfant et adolescent, on rencontre de sérieux problèmes.

Enfant ? Le QI de ces enfants est souvent de ± 70. Nombreux parmi ces enfants sont des cas de TDA/H (trouble de l’attention avec/sans hyperkinétisme). Il y a déficit des fonctions cognitives supérieures : capacités réduites d’abstraction, de raisonnement, d’organisation, des fonctions visuo-spatiales, dyscalculie. Retard de langage. Point de vue comportemental : immaturité, instabilité émotionnelle, impulsivité, traits « antisociaux ».

Concrètement, les parents observeront chez ces enfants et adolescents : disputes fréquentes, ils sont impatients et ne tiennent pas en place (TDA/H), tendance à des comportements « brutaux et méchants », désobéissance, pas de remords après les bêtises, trouble de l’attention et de la concentration, impulsivité, duperie, tromperie, vol à l’extérieur et à la maison. Ces parents constatent donc chez ces enfants perte des valeurs, diminution du seuil de la douleur, automutilation, cauchemars, problèmes de langage et d’apprentissage, fascination pour les armes, le feu.

Et adultes ? Devenus adultes, l’on fera le constat de personnes sans formation scolaire, ayant des difficultés à avoir un logement, ayant des difficultés à avoir une activité professionnelle, enclines à la délinquance, ayant des problèmes judiciaires. En résumé, un public très défavorisé au point de vue psycho-social et socio-professionnel.

Les séquelles sont donc très lourdes !

Les Pays-Bas ont une longueur d’avance sur notre pays au sujet de la détection et de la prise en charge de ces enfants et adolescents en grande difficulté : http://www.fasstichting.nl/

Pendant la grossesse on ne boit pas du tout, le message est clair. Mais quel est le risque pour l’enfant à naître si la maman boit. Pouvez-vous préciser ?2019-09-24T09:38:29+01:00

On distingue donc le syndrome d’alcoolisme fœtal (SAF) et les effets fœto-alcooliques (EFA).

Le SAF est constitué d’une triade : anomalies crânio-faciales, retard de croissance (poids, taille, périmètre crânien) et anomalies neurologiques, cognitives et du développement.
Les « effets fœto-alcooliques » (EFA) prennent différentes formes : soit un SAF incomplet, soit des anomalies neurologiques et/ou cognitives et/ou du développement du bébé d’une maman qui a bu pendant la grossesse.

Quelle dose d’alcool est dangereuse ?
Initialement, lors de la description du syndrome d’alcoolisme fœtal (1968), on incriminait la consommation régulière et importante de boissons alcoolisées. On sait qu’il en est tout autrement : même des consommations occasionnelles, voire ponctuelles de petites doses peuvent donner ces lésions. De façon encore plus restrictive, on sait qu’une seule alcoolisation type binge drinking peut causer des lésions au fœtus. Il ne faut pas oublier que, pendant les 15 premiers jours de la grossesse, la femme ignore qu’elle est enceinte ; c’est le retard de règles qui va attirer son attention (on est alors à « 2 semaines »).

Ces lésions du foetus (SAF et EFA) sont-elles fréquentes ?
Il n’y pas de chiffres précis en Belgique à ce sujet ; on peut néanmoins procéder par extrapolation des chiffres existant dans d’autres pays où cette épidémiologie existe.
La prévalence mondiale des Effets Fœto-Alcooliques (EFA) se situe entre 2 et 6/1000 et celle du Syndrome d’Alcoolisme Fœtal (SAF) entre 0,5 et 3/1000 avec une moyenne à 1,9/1000.
Si l’on considère 120.000 naissances/an en Belgique, entre 240 et 720 enfants sont atteints d’EFA et entre 60 et 360 du SAF ! Pas de chiffre précis en Belgique (ni en France).

Description du SAF : une triade

  • Retard de croissance : diminution du poids ; diminution de la taille et diminution du périmètre crânien

  • Altérations du système nerveux central (cerveau) : anomalies morphologiques et fonctionnelles. Microcéphalie congénitale. Anomalie de l’examen neurologique. Déficit intellectuel, difficultés d’apprentissage, dyscalculie, trouble de l’attention, de la mémorisation, difficulté d’abstraction. Incidence accrue d’épilepsie et d’infirmité motrice-cérébrale. Le QI moyen est de 70.

  • Anomalies crânio-faciales : voir schéma ci-dessous

L’exposition à l’alcool doit être prouvée !
Dans 30 % des cas, il y a des malformations du cœur, des reins, des membres, des yeux.

Je suis enceinte. Dois-je vraiment arrêter toute consommation de boissons alcoolisées? On me dit que même un verre de vin est déconseillé…2019-09-24T09:37:16+01:00

En effet, les scientifiques pensent qu’il est possible que même de faibles quantités d’alcool (1 verre standard par jour), ou un épisode de binge drinking, représentent un risque pour le développement du foetus. Un risque n’est pas une certitude, et il est possible aussi que la prise occasionnelle d’une faible quantité d’alcool (un verre standard) n’entraîne aucune conséquence.

Mais le risque est présent, aussi bien en cas de consommation chronique, même en l’absence de dépendance, qu’en cas de consommation excessive ponctuelle (binge drinking). Il est bien établi qu’une consommation excessive (régulière ou occasionnelle) peut être associée à des troubles du développement neurologique du fœtus (connus sous le nom de « syndrome de l’alcool fœtal »).
Chez les femmes enceintes qui boivent plus de 5 verres par jour, le risque d’avoir un enfant mort-né est également accru.

Tenant compte du risque, le Conseil Supérieur de la Santé belge et les médecins recommandent l’application du principe de précaution: zéro alcool dès le moment de la conception.

Comment l’alcool peut-il entraîner des effets sur le foetus? C’est assez facile à comprendre: l’alcool bu par la femme enceinte passe dans le liquide amniotique dans lequel baigne le fœtus. Il peut ainsi provoquer, chez le bébé à naître, des troubles du développement du système nerveux et des troubles mentaux.

Vous trouverez plus d’informations dans le dossier « Alcool » publié sur le site www.mongeneraliste.be

Alcool : Groupe d’entraide

Mon mari sort d’une longue désintoxication à l’hôpital. Parfois je trouve qu’il est devenu très égoïste : il a dorénavant des loisirs qui n’intéressent que lui ; il s’absente très souvent pour les réunions de son groupe d’entraide. J’ai du mal à vivre cela.2019-09-24T09:40:44+01:00

Il faut nuancer tout ceci et bien analyser son nouveau mode de vie. Beaucoup de personnes « alcooliques » en sont arrivées au fil des années de consommation à laisser tomber tous leurs centres d’intérêt et à n’être dans leur famille qu’un grand absent ; de fait, la confiance en soi s’est effritée au fil du temps chez ces personnes « alcooliques ».  Certaines d’entre elles en sont arrivées à un total désintérêt de soi et puis des autres.

En cure ou thérapie ambulatoire, le(s) thérapeute(s) vont s’attacher auprès du patient à la promotion d’un nouveau mode de vie où la personne peut retrouver des activités gratifiantes et motivantes ; être bien dans sa peau pour ensuite se resocialiser tant en famille que dans plus large cercle social.

Votre mari n’est pas « égoïste », il est en voie de se recomposer une nouvelle vie où les autres et lui-même devraient y trouver un bonus.

Un autre élément joue dans votre ressenti : alors que vous aviez tout fait pour essayer de l’en sortir – et ce fut souvent vain –, le voilà qui s’en sort « sans vous » : c’est parfois frustrant pour l’entourage (vous !) que de constater ceci ; l’entourage peut alors avoir un ressenti plutôt « amère » et s’irriter de cet « égoïsme ». Penser (aussi) à soi – ce que préconisent les thérapeutes – n’est pas synonyme d’égoïsme.

Quant à aller dans un groupe d’entraide ? Cela fait partie des soins. Et peut-être aussi pour vous le même sentiment développé dans le paragraphe précédent : votre mari y trouve « l’aide » que vous lui proposiez en vain. Pas toujours facile à admettre !

Guérir d’alcoolisme, c’est changer de vie pour la personne « alcoolique » et, pour la famille, c’est un peu comme au jeu Mikado : il faut retrouver de nouveaux équilibres !

Les groupes comme AA ou « Vie Libre » ont-ils leur place dans l’aide aux personnes alcooliques ?2019-09-24T09:40:08+01:00

Tout d’abord un peu d’histoire ! « Alcooliques Anonymes » (A.A.) est né dans l’Amérique profonde et religieuse des années 1935 ; les fondateurs – Bob Smith et Bill Wilson, chirurgien et représentant de commerce – ont de solides convictions religieuses. Ils comptent sur la « puissance supérieure » pour s’en sortir.
« Vie Libre » nait dans les milieux ouvriers français laïcs dans les années 1955.
Ces deux mouvements apparaissent donc à des époques où l’alcoologie en tant que discipline « médicale » n’existe pas : l’entraide comblait ainsi l’absence totale d’intérêt du monde médical pour l’alcoolisme.
Le moteur de l’action des groupes d’entraide ? Seul un alcoolique abstinent est capable de bien comprendre et de ne pas juger un alcoolique actif et donc de l’aider. Seul, un alcoolique n’arrive pas à s’en sortir.

Alcooliques Anonymes (A.A.)

A.A. est le mouvement d’entraide le plus connu et le plus diffus en Belgique et compte actuellement plus de 200 groupes locaux. L’essentiel des activités des membres consiste en réunions hebdomadaires.
A.A. considère l’alcoolisme comme une maladie physique, psychologique, mentale et morale. La réunion débute par une « prière de la sérénité » qui commence ainsi « Mon Dieu… ». La notion de « la puissance supérieure » qui contribue au rétablissement y est évoquée. Une réunion consiste en un tour de table où chacun exprime son vécu et un travail commun sur le programme de rétablissement en 12 étapes. C’est le programme de rétablissement des pères fondateurs (1935) tel quel. Le trouble émotionnel est l’objet de beaucoup d’attention ; beaucoup d’alcooliques se disent des hyperémotifs. Les personnes alcooliques seules sont admises aux réunions. Occasionnellement, des réunions « ouvertes » sont organisées à l’attention des proches et sympathisants. L’anonymat est strict et ses racines sont également historiques. On peut concevoir que, dans l’Amérique puritaine d’alors, il n’était pas bon d’évoquer son alcoolisme, considéré comme une faute morale grave. Le buveur devenu abstinent est et reste un « malade alcoolique abstinent ». L’alcool est volontiers pointé comme un « ennemi ». Chaque nouveau membre AA se voit proposer un « parrain AA » ; il s’agit d’un alcoolique abstinent, un « ancien », qui deviendra un contact privilégié pour un nouveau au sein du groupe. En dehors des réunions, une aide téléphonique chaleureuse s’établit entre les membres. Il n’y a pas de cotisation. La littérature AA précise que « les AA ne sont associés à aucune secte, confession religieuse ou politique ».
Voir http://www.alcooliquesanonymes.be

« Vie Libre »

Ce groupe compte plus de 20 groupes en Belgique francophone et organise plus de 12 réunions d’entraide par semaine. L’association est active dans les provinces de Luxembourg, Liège, Namur, Hainaut et Brabant Wallon. Ce mouvement est laïc. Un malade rétabli est considéré comme un malade alcoolique « guéri ». L’alcool est pointé comme un fléau social. L’anonymat n’est pas revendiqué et toutes les réunions sont ouvertes aux conjoints et familiers. L’entraide y a donc une dimension familiale.
Les réunions sont articulées autour de l’accueil des nouveaux et de discussions relatives à certains thèmes liés à l’alcoolisme, ses causes et ses conséquences. La fraternité y est poussée, comme dans les groupes AA. L’entraide téléphonique tout autant.
En dehors des réunions, « Vie Libre » organise nombre d’activités sociales ou festives pour ses membres et leurs familles.
« Vie Libre » souhaite agir sur les causes et conséquences de l’alcoolisme en intervenant dans le débat politique.
Voir http://www.vie-libre.be

Ce qu’en pense le médecin ?

  • Les groupes d’entraide constituent un des leviers du rétablissement des patients alcooliques : l’écoute bienveillante, l’absence de jugement, les conseils judicieux qui y sont donnés apportent une aide importante aux personnes alcooliques. Cette aide va au-delà des réunions : les contacts téléphoniques entre les réunions désamorcent bien des crises familiales, tempèrent des réactions émotives excessives, donc réduisent l’envie de boire.

  • L’entraide (ces groupes) et le travail médical et psychologique se complètent et se renforcent l’un l’autre.

  • Pour nos patients socialement désinsérés, la (ou les) réunion(s) hebdomadaire(s) constituent une nouvelle vie sociale et parfois la seule dans un premier temps. Certains groupes développent aussi des activités sociales en dehors des réunions : sorties festives, activités culturelles, activités sportives.

  • La participation à ces groupes contribue à développer chez les membres l’affirmation de soi, l’expression des émotions, l’écoute des autres donc la tolérance.

  • Les groupes d’entraide ont vu leur action reconnue comme efficace par le monde scientifique.

Bibliographie

  • D. Danis, P. Gache. Psychothérapie et groupe d’entraide dans le traitement des addictions. Duo ou duel ? Alcoologie et Addictologie 2003 ; 25 (1) : 67-71

  • B. Boisset. Groupes d’entraide : un lien à privilégier. De la présence au sein d’une institution soignante à l’intégration dans un dispositif de soins alcoologiques. Alcoologie et Addictologie 2001 ; 23 (1) : 41-44

Alcool : Hérédité

L’alcoolisme, est-ce une maladie héréditaire ?2019-09-24T09:41:26+01:00

Il n’y a pas de chromosome(s) de l’alcoolisme. Ceci est connu depuis longtemps. Par contre, il y a de nombreux gènes (de différents chromosomes) dont le rôle commence à être connu et dont l’implication dans différents volets de l’alcoolodépendance est dorénavant établie.

Les études des constellations familiales et particulièrement des jumeaux permettent d’évaluer le poids de la génétique – « l’héritabilité » – à 50 à 60 % du poids des « causes » de l’alcoolodépendance.

Il faut aussi distinguer facteurs génétiques et « facteurs familiaux ». On sait qu’il existe des familles où l’alcool est omniprésent de génération en génération de façon « culturelle » ; boire est une tradition ; boire « socialement » se fait depuis plusieurs générations. La valorisation s’y fait par la consommation de boissons alcoolisées. Epicurien de père en fils. Mais rien de génétique pour autant.

Revenons à la génétique de l’alcoolodépendance et de l’abus d’alcool.

Le poids génétique des premiers effets « positifs » d’une première alcoolisation (nos jeunes et très jeunes !) est de 60 % : cette première « euphorie » est donc largement « ADN-dépendante ».

Un certain nombre de complications somatiques tardives sont sous dépendance de facteurs génétiques (maladies hépatiques).

Dans certains cas d’alcoolismes, on évoque une « trajectoire de vulnérabilité » commençant dès l’enfance par l’ADHD ou TDA/H (en français : trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Le poids de la génétique dans l’ADHD est de 80 %. Tous les enfants TDA/H ne deviendront pas « alcooliques » loin de là, mais c’est un facteur de risque (génétique) parmi d’autres.

Le centre de la récompense – au cœur des addictions – et son fonctionnement serait sous influence de facteurs génétiques.

Les études actuelles des gènes sur de vastes populations (carte génétique) montrent certains polymorphismes génétiques (séquences de nucléotides) codant pour des neurotransmetteurs impliqués dans les addictions tels le GABA-A, des gènes codant pour l’enzyme ADH (alcool-déshydrogénase, enzyme du métabolisme de l’alcool donc de la destruction de l’alcool par le foie), des gènes codant pour des récepteurs à la dopamine tels DRD4 et DRD2 (DRD2 = récepteur dopaminergique D2). Ces variantes génétiques aboutissent à des modifications significatives de la quantité de certains neurotransmetteurs ou à leur impact au niveau des neurones.

Les taux de GABA-A, de sérotonine et de dopamine ou l’impact de ces neurotransmetteurs sont ainsi donc sous influence génétique. Ces trois neurotransmetteurs sont au cœur des mécanismes de l’addiction.

Il y a une association fréquente entre une variante (dite allèle A1) du DRD2 et l’alcoolodépendance.

Dans la vie de tous les jours ? On peut donc évoquer la génétique du « coup de foudre » donc celle des effets « excitants » de l’alcool. La génétique du tempérament. La génétique des effets sédatifs de l’alcool. Celle de l’accoutumance et de la tolérance. Celle du métabolisme de l’alcool (métaboliseurs rapides/lents). Celle du « craving » (cette « soif » qui pousse à boire ou reboire). Celle de la vulnérabilité à certaines complications somatiques, par exemple la cirrhose. Celle du choix de médicaments selon des critères génétiques à l’avenir. Des études scientifiques au sujet du choix plus judicieux d’un médicament par rapport un profil génétique existent déjà.

Si l’alcoolodépendance n’est bien sûr pas une maladie des chromosomes  et n’est donc pas « héréditaire », c’est une maladie où les facteurs génétiques pèsent  pour 50 à 60 % (comme dans les autres addictions).

Alcool : Jeunes

Est-il normal de faire la distinction entre boissons fermentées et distillées pour justifier l’accès légal à celles-ci, à 16 ans pour les premières et à 18 ans pour les secondes ?2019-12-11T15:33:16+01:00

En Belgique, la législation actuelle fixe comme âge minimal d’achat de boissons alcoolisées la limite de 16 ans avec une distinction entre les boissons fermentées de type bières et vins (< 15°) accessibles à partir de 16 ans et les boissons distillées de type spiritueux (> 15°) accessibles elles à partir de 18 ans ; or il est utile de rappeler qu’un verre standard de bière est égal à un verre standard de vin et à un verre standard d’alcool fort contenant chacun environ 10 grammes d’alcool pur.

Une récente enquête du Collège Intermutualiste a révélé la prise en charge en salle d’urgences pour intoxication éthylique aiguë de 45 jeunes de 12 à 17 ans chaque semaine au cours de l’année 2017, l’abus d’alcool augmentant surtout à partir de 16 ans.

Le cerveau de l’Homme n’arrive à complète maturation qu’à l’âge de 25 ans ; chez les jeunes buveurs l’abus d’alcool peut ainsi causer des dommages cérébraux qui auront des conséquences plus tard dans leur existence.

Mais les conséquences de l’abus d’alcool ne s’arrêtent pas aux perturbations dans le fonctionnement cérébral ; il y a bien d’autres risques :

  • risques de survenue de sévères problèmes d’alcool à l’âge adulte
  • troubles hépatiques et gastriques en raison d’organes encore vulnérables
  • développement osseux contrarié en raison d’un équilibre hormonal perturbé
  • comportements sexuels à hauts risques ( partenaires multiples relations sexuelles non protégées coercition sexuelle … )
  • diminution de la capacité de contrôle de soi et de la capacité de réaction ce qui augmente les risques d’agressions de blessures d’accidents …
  • intoxication éthylique aiguë avec risques d’arrêt respiratoire et cardiaque

Il est important dès lors de relever l’âge minimum pour la consommation d’alcool à 18 ans comme l’ont fait de nombreux pays européens, la Belgique étant en train de devenir une exception au niveau international. Il est également important d’associer à cette mesure des programmes éducatifs explicatifs à destination des jeunes et de leurs parents.

On parle beaucoup du « binge drinking  » chez les jeunes? Qu’est ce que cela veut dire?2019-09-24T09:42:21+01:00

L’expression « binge drinking » est parfois traduite en français par « biture express ». Ce mode de consommation serait plus souvent adopté par des adolescents et de jeunes adultes. Mais il est aussi rencontré chez des adultes plus âgés !

Le phénomène n’est pas nouveau et a été associé depuis très longtemps à des rites comme baptême et bizutage, l’acceptation dans certains groupes (étudiants, professionnels, etc…).

Actuellement, on donne comme définition le fait de boire dans un intervalle court (certains précisent 2 heures) une quantité importante d’alcool (5 à 6 verres standards). Le but recherché est d’atteindre une ivresse rapide, un état second (une défonce).

L’attention des médias et des scientifiques a remis ce phénomène à l’ordre du jour. Il faut reconnaître qu’il y a matière à inquiétudes. Même si ces problèmes ne touchent pas tous les adeptes de ce mode de consommation, une telle alcoolisation rapide comporte des risques d’effets potentiels néfastes :

  • coma éthylique (avec rarement décès) ; accidents de voiture, chutes, actes violents (bagarres), relations sexuelles non protégées (et parfois non consciemment consenties) avec risque de grossesse non désirée et d’infection sexuellement transmissible ;
  • à moyen terme : des études ont mis en évidence chez des étudiants et adeptes réguliers du binge drinking des troubles de l’attention, de la concentration et de la mémoire ; ces troubles cognitifs que l’on pensait initialement réversibles s’avèrent parfois irréversibles ;
  • à long terme, un risque légèrement accru de dépendance à l’alcool dans les années qui suivent.


Vous trouverez plus d’informations dans le dossier « Alcool » publié sur le site www.mongeneraliste.be

Alcool : Médicaments

L’Antabuse® est-il un médicament utile et « sûr » ?2019-09-24T09:43:58+01:00

L’Antabuse® modifie la destruction – le métabolisme – de l’alcool par le foie, aboutissant à l’accumulation d’une molécule intermédiaire de ce métabolisme, à savoir « l’acétaldéhyde ».

L’accumulation d’acétaldéhyde va provoquer des effets secondaires tels qu’une rougeur de la face, une modification de la tension artérielle, des palpitations, des nausées. Dans des cas exceptionnels, l’excès d’acétaldéhyde peut mener à des malaises plus graves, voire à un décès. Ces effets secondaires ne surviennent que lors de la prise de boisson, même parfois après des quantités minimes de boisson ou d’alcool dans une préparation culinaire.

« L’effet Antabuse® » ne se déclenche pas chez toutes les personnes sous traitement. Une personne peut paraitre « résistante » à l’Antabuse® et plus tard, de façon non prévisible, buvant sous Antabuse®, en être victime.

Un traitement par Antabuse® ne sera prescrit qu’après avoir expliqué ces effets de façon minutieuse au patient.

Le traitement par Antabuse® est basé sur la dissuasion et non sur la réduction de l’envie de boire. C’est comme un « gendarme interne » accepté par le patient dûment éclairé. Le médicament convient à des personnes non-impulsives capables dès lors de ne pas boire ce jour-là parce qu’elles sont bien conscientes du risque encouru. L’Antabuse® ne convient donc pas aux personnes impulsives.

Si vraiment la personne veut reboire, il s’agira d’arrêter l’Antabuse® pendant 48 à 72 heures avant de reboire, si ce choix est fait. Avant de commencer un traitement par Antabuse®, il faut être abstinent depuis 48 à 72 heures.

L’Antabuse®, compte tenu de tout ceci, peut se révéler un médicament précieux pour tenir le cap de l’abstinence. Les implants d’Antabuse® n’existent plus depuis bien longtemps ; sont prescrits les comprimés, avec prise quotidienne.

L’Antabuse® a-t-il des effets secondaires « médicamenteux » : il faut une surveillance par l’ophtalmologue (risque de névrite optique) ; il y a un risque d’aggravation d’une polynévrite et un risque pour le foie (les tests hépatiques sont donc à surveiller). On peut réduire l’incidence des effets secondaires en réduisant les doses d’Antabuse® prescrites. En effet, ½ comprimé par jour, voire ¼ de comprimé par jour, déclencheront « l’effet-Antabuse® » le plus souvent autant que 1 comprimé par jour, tout en réduisant l’incidence des effets secondaires « médicamenteux ».

En conclusion, l’Antabuse® garde de bonnes indications et, chez certaines personnes, peut s’avérer être une aide précieuse au maintien de l’abstinence.

J’ai lu qu’il était préférable de ne pas boire d’alcool lorsque l’on prend des médicaments? J’ai trop de tension et je prends aussi un médicament contre le cholestérol. Dois-je en parler à mon médecin ?2019-09-24T09:43:13+01:00

J’ai trop de tension et je prends aussi un médicament contre le cholestérol. Dois-je en parler à mon médecin?

Il est bien établi que la consommation d’alcool peut avoir une influence sur l’action de certains médicaments

  • soit en diminuant leur effet : c’est notamment le cas avec les antiépileptiques
  • soit en augmentant leur effet : anticoagulants, antihypertenseurs, anxiolytiques, calmants, somnifères, etc.
  • soit en accentuant le risque d’effets indésirables. C’est notamment le cas avec les anti-inflammatoires (l’alcool augmente l’effet irritatif de ces médicaments sur la muqueuse de l’estomac, avec un risque de gastrite ou d’ulcère); les statines (médicaments utilisés pour faire baisser le taux de cholestérol dans le sang), etc.

Par ailleurs, une personne atteinte d’une affection du foie (hépatite, cirrhose, etc) ou du système nerveux doit être particulièrement prudente vis-à-vis de la consommation d’alcool.

Il est donc toujours recommandé de signaler à son médecin généraliste, lors d’une prescription d’un médicament, son niveau de consommation d’alcool, ou au minimum de s’informer d’une interaction possible.

Plus d’informations dans le dossier « Alcool » du site www.mongeneraliste.be.

Alcool : Santé

Mon médecin me dit que mes enzymes hépatiques sont normales : tout est-il pour autant « OK » ?2019-12-11T15:48:09+01:00

De nombreuses études démontrent que l’on peut avoir une maladie alcoolique du foie sans pour autant présenter une altération des marqueurs hé